Le développement durable au féminin

Invitée d’honneur de notre dernière Assemblée Générale, l’institution de microfinance (IMF) Pro Mujer Argentina a motivé son choix d’octroyer des prêts uniquement à des femmes. Rencontre à Bruxelles avec la directrice de l’institution.

Une institution de microfinance qui prête uniquement aux femmes? Et oui, ça existe. Cette IMF s’appelle Pro Mujer. Créée en 1990 en Bolivie, elle s’est donné pour mission de favoriser le développement des femmes en Amérique latine. Elle propose pour cela une série de services financiers dont des microcrédits (prêt moyen en Argentine de 600 euros), des services d’épargne et d’assurance et des formations de gestion d’entreprise et d’éducation financière. Les services ne se limitent pas qu’au côté financier. L’IMF fournit également des services de support social, de formations concernant le droit des femmes, le leadership, la confiance en soi, la santé et la violence conjugale. Enfin, les clientes ont également accès à des services de soins de santé de haute qualité à petit coût.

L’avis de l’experte

Sophie Charlier, qui est à la fois chargée de missions et de recherches auprès de l’ONG Le Monde selon les femmes, Présidente du Conseil Consultatif Genre et Développement et Professeure invitée à l’UCL, prend également part à la discussion et explique: “Parmi les personnes les plus pauvres au monde, 70% sont des femmes. Si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, on estime que la faim dans le monde diminuerait de 12 à 17%, ce qui représente une population de 150 millions de personnes”. Elle indique également que 90% des revenus des femmes sont réinvestis dans la famille et la communauté, contre seulement 30 à 40% pour les hommes. Améliorer les conditions économiques des femmes beneficie donc à toute la famille.

PRO MUJER ARGENTINA

Participer à une organisation d’économie sociale (membre d’une coopérative, cliente d’une IMF, etc.) ouvre la voie à de nombreuses femmes pour non seulement augmenter leurs revenus, mais également développer leur réseau social, accéder à des formations, réinterpréter les rapports sociaux et faire entendre leur voix. En groupe, elles sont plus fortes pour traiter des problèmes économiques, sociaux et politiques qu’elles rencontrent. Elles y gagnent aussi en valorisation, en savoir-faire et en estime de soi.

“L’Amérique latine est une région très touchée par la violence et l’insécurité des femmes. En Argentine, le chômage touche deux fois plus les femmes”, explique Denise Ferreyra (photo), directrice des agences de Pro Mujer en Argentine. Donner aux femmes l’accès à un ensemble de services financiers, de développement personnel et de santé leur permet de valoriser leur position dans la société.

Patricia, un exemple parmi tant d’autres

Denise nous retrace le parcours de Patricia, une femme de 47 ans qui a vécu un divorce douloureux, aussi bien sur le plan émotionnel que physique. Dans les moments les plus difficiles, elle pouvait à peine nourrir ses enfants. Lors de son dernier traitement médical, elle a reçu un microcrédit de Pro Mujer qui lui a permis de sortir de sa situation précaire. Elle a pu agrandir son stock de marchandises et ainsi augmenter ses revenus. Aujourd’hui, elle est en mesure de prendre soin de ses enfants et les envoyer à l’école. Elle dit pouvoir vivre désormais en dignité. Chez Pro Mujer elle a trouvé de la solidarité féminine et est devenue financièrement indépendante. 

Depuis ses débuts en Bolivie, Pro Mujer s’est déployé au Mexique, au Nicaragua, au Pérou et en Argentine. C’est dans ce dernier pays qu’Alterfin finance l’institution depuis fin 2016 afin de permettre à l’IMF de toucher davantage de femmes désireuses de prendre leur vie en main. 

      

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