Kampani réalise son premier investissement

La plus grande fédération de coopératives de café du Burundi vient d’ouvrir sa propre usine de traitement. Ce sont des moyens belges qui ont rendu cela possible, plus précisément un investissement de 214.000 dollars du fonds d’investissement Kampani. Il s’agit du premier réalisé par le fonds depuis sa création l’an dernier par entre autres Alterfin, la Fondation Roi Baudouin, Vredeseilanden, Louvain Coopération, SIDI, Trias et le Boerenbond.

Kampani est un fonds d’investissement à impact social, qui veut stimuler l’entreprenariat dans l’agriculture en Afrique, Asie et en Amérique latine. Il se positionne comme un pionnier dans la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement et ne se considère lui-même ni comme une entreprise traditionnelle ni comme un acteur philanthropique. Selon Wouter Vandersypen, le directeur de Kampani, l’organisation se situe quelque part entre les philanthropes qui font un don ou accordent un subside, en visant un impact sociétal, et les entreprises qui cherchent avant tout un retour financier et un profit. “Là, entre les deux, se trouvent des entreprises sociales qui génèrent quand même un flux de revenus mais dont le moteur principal est le rendement social.”

© Teddy Mazina

Financer le 'milieu manquant'

Ce mode particulier de financement est encore trop rare dans le secteur agro-alimentaire dans les pays en développement, souligne Wouter Vandersypen. « Les coopératives de paysans sont trop petites pour les grands acteurs et trop grandes pour la microfinance. Dès lors, elles ont trop peu accès à du capital d’investissement patient. » Or, c’est précisément ce genre de financement que prévoit Kampani.

L’usine Horamama de la coopérative burundaise Cococa répond à ces critères. Les grains de café y sont préparés et conditionnés pour l’exportation, notamment en étant séparés de la parche, la pellicule qui les recouvre. Jusqu’à aujourd’hui, les paysans dépendaient de tiers pour réaliser cette opération.

L’usine de Horamama Coffee Dry Mill au Burundi.

Horamama est le dernier maillon d’un processus d’intégration verticale. Toutes les autres étapes comme la production et la transformation des cerises de café en grains étaient déjà entre les mains des paysans coopérateurs. L’intégration verticale va améliorer la traçabilité et le contrôle de qualité du café. De plus, la valeur ajoutée du décorticage des grains reste au sein du groupe de cultivateurs. Le directeur de Cococa Ernest Ndumurara affirme dès lors sans détour que « l’investissement de Kampani renforce Cococa sur la qualité de ses services à ses membres comme à ses acheteurs. »

Cococa réunit 33 coopératives de producteurs de café burundais, dont 23 sont déjà membres effectifs, soit au total 27.000 producteurs. Certifiée fairtrade, elle représente aujourd’hui 11% de la production de café du pays. Cococa est la première coopérative du Burundi qui possédera sa propre usine. Les paysans supportent cependant eux-mêmes une grande partie de l’investissement qui, réparti sur trois ans, se montera à 500.000 dollars. De plus, le coût opérationnel par an est évalué à 200.000 dollars supplémentaires.

“600.000 familles vivent du café au Burundi”, rappelle Alex Tack d’Alterfin, coactionnaire et gestionnaire du portefeuille de Kampani. “Il s’agit donc ici d’un secteur-clé. Les paysans cultivent des fèves d’arabica d’excellente qualité, mais pour la plupart sur de très petites parcelles. Ce n’est donc pas facile pour eux. Le développement des coopératives, l’intégration verticale et l’usine Horamama amèneront certainement un changement. »

Des paysans enthousiastes

Membre d’une coopérative, Marie-Goreth Nzeyimana témoigne de cet espoir : « La nouvelle usine Horamama, je la considère comme mienne, elle nous appartient à moi et à mes enfants ; je détiens une partie de son capital. (…) Désormais, mon café sera conditionné là, en ma présence. Je ne vais donc plus perdre de temps et d’argent à aller loin de chez moi, je serai près de ma production. C’est un gain important pour moi.» Et Diomède Ntunzwenimana confirme cet enthousiasme : « Nous sommes heureux car chacun de nous est gagnant. Notre café ne sera plus usiné à Gitega, mais ici dans notre province de Kayanza. Le gain le plus important pour moi est que je serai en mesure d’assurer un suivi constant du processus d’usinage de ma production, de la cerise au café parche. Je vais moi-même veiller à la qualité de mon café. »

Kampani, une richesse puisée dans ses collaborations

En tant que partenaire opérationnel de Kampani, Alterfin assure le contrôle matériel (financier, opérationnel, social) dit de ‘due diligence’. Depuis plusieurs années déjà, Alterfin fournit à Cococa un préfinancement de la récolte avec une garantie de la Fondation Roi Baudouin, et continuera à le faire. 

Ce premier investissement de Kampani a vu le jour avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin qui, depuis des années, soutient directement les producteurs de café burundais et qui a signalé à Kampani la possibilité de cet investissement. Le Fonds d’investissement social néerlandais ICCO Agro Business Booster a été associé au projet par Kampani comme co-investisseur pour répartir le risque et pour profiter de sa présence opérationnelle au Burundi.

L’assistance technique est venue de Broederlijk Delen qui, depuis des années, soutient Cococa et a mené la coopérative au niveau qui lui permet de franchir ce nouveau cap dans son développement.

C’est précisément dans la collaboration entre ces différents acteurs que réside la force de Kampani.

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