« Commencer bien à temps, tout consigner et faire preuve de transparence »
Les conseils d’une notaire afin de préparer sa succession en toute sérénité
Interview
« Commencer bien à temps, tout consigner et faire preuve de transparence »Les conseils d’une notaire afin de préparer sa succession en toute sérénité
Que deviennent vos parts Alterfin lorsque vous n’êtes plus là ? Et comment organiser au mieux votre succession ? À l’occasion de la Journée internationale du testament (13 septembre), la notaire Valérie Weyts répond à plusieurs questions essentielles sur un sujet qui reste souvent délicat à aborder. Une chose est sûre : cela concerne tout le monde, car chaque grande décision que nous prenons au cours de notre vie peut avoir des conséquences pour l’avenir.
Valérie Weyts
« Un conseil important : préparez à l’avance un dossier reprenant toutes les informations financières utiles. »
Pourquoi est-il préférable de réfléchir tôt à sa succession ?
La plupart des personnes commencent à y penser après 50 ans, parfois même plus tôt, notamment lorsqu’elles disposent d’un patrimoine important ou sont à la tête d’une entreprise familiale. Le bon moment dépend avant tout de votre situation personnelle.
Le testament vous permet de décider ce qu’il adviendra de votre patrimoine, qu’il soit modeste ou conséquent. Il vous aide à expliquer clairement à vos héritiers qui recevra quoi, mais aussi pourquoi. Beaucoup souhaitent par exemple veiller à un traitement équitable entre leurs proches, mais les malentendus surviennent vite. Un testament permet de faire des choix, de les expliquer et, ainsi, d’éviter d’éventuels conflits par la suite.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes en matière de succession ?
« Le testament n’est pas le seul document déterminant dans une succession. »
La première est tout simplement d’attendre trop longtemps avant de consulter un notaire. Que vous optiez pour un testament notarié ou que vous rédigiez vous-même votre testament, il est conseillé de le faire vérifier par un notaire. En effet, un testament doit respecter plusieurs règles juridiques. Il convient également de se méfier des modèles générés par l’intelligence artificielle, qui peuvent contenir des erreurs importantes.
Par ailleurs, le testament n’est pas le seul document déterminant dans une succession. À chaque étape importante de la vie, mariage, achat d’un logement, divorce, remariage ou simple cohabitation, il est important de réfléchir à l’avenir et à ce que l’on souhaite transmettre. Nous constatons que de nombreuses personnes négligent encore cette réflexion. Avec l’augmentation du nombre de familles recomposées, les situations successorales deviennent plus complexes et il est souvent utile de se faire conseiller.
Enfin, les donations peuvent également poser problème. Certaines personnes effectuent des donations à différents moments et à différents enfants sans communiquer clairement à ce sujet. Ce manque de transparence peut malheureusement conduire à des conflits familiaux.
La succession reste-t-elle un sujet tabou ou les mentalités évoluent-elles ?
On en parle beaucoup plus qu’auparavant, notamment dans les médias. Les personnes planifient davantage leur succession parce qu’elles disposent souvent d’un patrimoine plus important et parce que les familles recomposées sont plus nombreuses. Même les personnes sans enfant s’intéressent davantage à ces questions.
Un outil particulièrement intéressant pour faciliter le dialogue est le pacte successoral. Il permet aux parents et à leurs enfants de se réunir autour de la table pour discuter ouvertement de la succession à venir. Les questions plus sensibles peuvent ainsi être abordées et résolues ensemble. Le notaire formalise ensuite les accords dans un document officiel et contraignant.
La différence avec un testament est simple : le pacte successoral repose sur un accord entre plusieurs parties, tandis qu’un testament est établi de manière unilatérale.
Cette démarche permet d’éviter des conflits douloureux qui peuvent perdurer pendant de nombreuses années, surtout lorsqu’ils concernent des biens à forte valeur sentimentale. Une succession est toujours chargée d’émotions.
Donation ou succession : quelle est l’option la plus avantageuse sur le plan fiscal ?
« La prudence reste de mise. »
D’un point de vue fiscal, la donation reste généralement plus avantageuse. Cela dit, les différences se sont nettement réduites ces dernières années dans l’ensemble des régions du pays.
Il existe néanmoins un risque : une donation est irrévocable. Il est donc essentiel de conserver suffisamment de ressources pour continuer à vivre confortablement. Nous avons malheureusement vu des personnes donner une part trop importante de leur patrimoine dans le but de réduire la charge fiscale de leurs enfants, avant de se retrouver elles-mêmes dans une situation financière difficile.
La prudence reste donc de mise. Bien entendu, personne ne sait combien de temps il vivra, mais il est conseillé d’estimer ses besoins futurs en tenant compte de ses revenus de pension et de l’augmentation probable des frais de soins.
Il convient également de bien réfléchir avant de donner la maison familiale à ses enfants, même si l’on conserve l’usufruit. Certaines situations se révèlent plus compliquées que prévu. Par exemple, des personnes souhaitant passer leur retraite à l’étranger se sont retrouvées dans l’impossibilité de vendre leur logement.
Et qu'en est-il des actions, comme les parts Alterfin ?
Les parts font partie de la succession et sont donc transmises aux héritiers au même titre que les autres biens mobiliers. Ceux-ci sont ensuite libres de les conserver ou de les vendre.
Un conseil important : préparez à l’avance un dossier reprenant toutes les informations financières utiles. Quels sont vos biens mobiliers et immobiliers ? Où se trouvent vos comptes bancaires, vos investissements ou vos coffres-forts ? Où vos héritiers pourront-ils retrouver des documents importants tels que les actes d’achat ou les contrats de mariage ?
N’oubliez pas de transmettre en temps utile les coordonnées, codes d’accès et autres informations essentielles. Cela allégera considérablement les démarches administratives pour vos proches.
De nombreuses personnes continuent-elles à soutenir des causes qui leur tiennent à cœur via leur succession ?
« Les personnes véritablement engagées continuent à soutenir, par le biais de leur succession, les organisations qui leur tiennent à cœur. »
Absolument. À Bruxelles et en Wallonie, le système du legs en duo existe toujours et reste populaire. En Flandre, il a été supprimé et, il est vrai, les personnes qui y voyaient uniquement un avantage fiscal s’en sont détournées.
En revanche, les personnes véritablement engagées continuent à soutenir, par le biais de leur succession, les organisations qui leur tiennent à cœur. Ces organisations ne paient d’ailleurs pas de droits de succession sur ce qui leur est légué.
Enfin, la succession ne se limite pas à l’argent. Les personnes réfléchissent de plus en plus à la manière dont elles souhaitent organiser leur fin de vie. Certaines organisent même à l’avance leur propre cérémonie funéraire dans les moindres détails.
On voit également apparaître de plus en plus souvent, dans les testaments, une note personnelle permettant d’expliquer ses choix. Les testateurs y partagent souvent les valeurs et principes qui ont guidé leur existence et adressent parfois un dernier message à leurs enfants ou à leurs proches. En somme, ils souhaitent que leur départ soit le reflet de la manière dont ils ont vécu.
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